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lundi 19 septembre 2016

Quelle est la couleur de la vie ?


On me posa récemment la question suivante :
- Comment fais-tu pour ne pas être influencé par les couleurs du modèle par faire ta peinture?
La réponse est assez simple, bien qu’approximative. Je garde en effet toute latitude de quitter les sentiers battus.
Je la transcris dans cet article de blog en tant que résumé du processus créatif technique. J'insiste sur le terme «technique» car il intervient dans la création d'un tableau une foule d'ingrédients évolutifs, depuis un certain état d'esprit général jusqu'aux conditions météorologiques, en passant par l'humeur proprement dite du peintre ! Dans ce tableau je n'utilise que deux couleurs : une couleur d'atmosphère générale (servie soit comme imprimatura, soit pour ébaucher les premières zones d'ombre) et du blanc pour les lumières.
Ensuite je prends une nouvelle couleur qui correspondra à un critère de ressenti : chaud, froid, dynamique, calme, sombre, inspiré, rassurant,etc.
Ensuite je reprends les lumières avec le blanc.
Il m'arrive aussi d'utiliser le blanc comme voile sur tout ou partie de la surface, dans le but de modifier en profondeur la zone recouverte. Les reprises s'effectuent ainsi de suite, jusqu'à ce que j'interrompe le processus créatif.
On se trouve donc en présence d'un processus alternant le chaos et la lumière en tant que vecteurs de créativité. Simple, si ?
Les couleurs appellent, relativement tôt dans le processus, une harmonisation; de plus, elles forment (grâce au clair-obscur entre autre) des structures qui permettent à l'image de profiter d'un axe d'expression supplémentaire.

Attention, cependant. Je ne me contente  pas toujours de cette façon de monter mes couleurs. En effet, la tendance à «virer» au brun ou gris-boue est à prendre au sérieux assez vite, en particulier lors de la superposition des glacis. Ainsi, la recherche d'harmonie devient-elle aussi partie prenante de l'expression poétique du peintre.

Il y a encore une difficulté à laquelle je me trouve confronté. A certaines périodes de l'année, La seule façon d'avoir de la lumière sur mes travaux est d'utiliser un éclairage artificiel.
Malgré les progrès réalisés par les fabricants d'ampoules type «lumière du jour», les couleurs sont difficiles à distinguer très précisément, en particulier dans les valeurs extrêmes, tant claires que foncées. Pas de solution miracle : on corrige à la lumière du jour les inexactitudes commises sous les lampes. Avec la pratique, dans les demi-teintes plus particulièrement, on parvient à s'adapter... en attendant l'été.
MAIS
Un peintre tel que Pierre Bonnard utilisait volontairement l'éclairage artificiel, même en tant que sujet de sa peinture. Encore plus fort: il peignait en punaisant ses toiles directement contre le papier-peint collé au mur. Il préférait cela car il pouvait ainsi tenir compte du contexte dans lequel les tableaux seraient vus finalement. Plus les papiers-peints étaient chamarrés, mieux cela se passait, car la cacophonie visuelle devenait si forte qu'elle finissait par ne plus être prise en compte en détail par le cerveau.
Ceci dit, je me souviens que j'aime utiliser les phénomènes liés au chaos. Ces changements de lumière pourraient très bien être intégrés comme «conditions initiales» auxquelles le tableau, ou au moins le peintre, serait extrêmement sensible.
Invitation lisière - borde - edge n° 15
[tempera sur Arches 76 x 56 cm]

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais pour ma part je trouve ces voies chaotiques de mieux en mieux acceptables en situation de créativité.

English translation by Christina

Recently I was asked the following question:
- How do you avoid being influenced by the colors of the model while doing your painting?
The answer is quite simple, although approximate. I shall indeed keep the liberty to leave the beaten tracks. I transcribe it in this blog article as a summary of the technical creative process. I emphasize the word "technical" because it is involved in the creation of a painting many ingredients going from the general state of mind up to the weather conditions, passing by the actual mood of the painter ! In this painting I use only two colors: a general atmosphere color (served either as imprimatura or to draft the first gray areas) and a white for the lights.
Then I take a new color that will match a feeling criteria: hot, cold, dynamic, quiet, dark, inspirational, comforting, etc. Then I push up the lights with the white.
Sometimes I use some white as a veil on the entire surface, in order to fundamentally change the covered area. And I carry on like this until I interrupt the creative process.
We are thus in the presence of a process alternating light and chaos as creative vectors. Simple, no?
The colors require, relatively early in the process, an harmonization; moreover, they form (thanks to the chiaroscuro among others) structures that allow the image to benefit from an additional axis of expression.

Be careful, though. I am not always satisfied with that way of mounting my colors. Indeed, the tendency of "turning" toward brown or gray-mud is to be taken seriously rather quickly, especially when layering glazes. Thus, the search for harmony also becomes part of the painter' poetic expression.

There is still another difficulty to which I feel confronted. At certain times of the year, the only way to have light while working is to use artificial lighting.
Despite progress made by the manufacturers of bulbs like "daylight" colors are difficult to distinguish precisely, especially in the extreme values, like clear or dark. There exist no miraculous solution; inaccuracies committed under the lamps shall be corrected at daylight. With practice, particularly in the halftones, I manage to adapt... until the summer comes!
BUT
A painter like Pierre Bonnard intentionally used artificial lighting, even as the subject of his painting. Even better: he painted pinning his paintings directly on the wallpaper against the wall. He liked it because he could thus take into account the context in which the painting will finally be seen.The more the wallpapers was bedecked better it was  because the visual cacophony became so strong that it ended up not being considered in detail by the brain.
That said, I remember that I like to use the phenomenon related to chaos. These changes of light could be integrated as well into the "initial conditions" to which the painting, or at least the painter, is extremely sensitive.

I do not know what you think about this, but for my part I find these chaotic ways more and more acceptable in situation of creativity.

mercredi 9 mars 2016

de la peinture à sa reproduction photo-numérique

Lorsqu'on termine une peinture et que l'on désire en partager l'image sur le web, ou en faire des tirages haut de gamme sur toile ou poster ou carte, la question se pose de savoir comment parvenir à une reproduction fidèle.
Voici une méthode que je viens de mettre en pratique et qui fonctionne vraiment bien.

Aquisition de l'image

 J'utilise un appareil photo numérique de 20 M. C'est le minimum pour faire des reproductions de format A3, A2, voire A1. Pour une peinture de 56x76 cm, je parviens à une résolution de 158 ppi, ce qui est acceptable pour une repro. On l'augmente à 300 ppi sans pixeliser de façon perceptible. Nous avons donc de l'excellente qualité pour les formats plus petits.
 Le second outil indispensable est une charte de couleur. C'est un peu cher à l'achat, mais c'est très rentable en terme de qualité et de temps. Il est en effet très difficile d'effectuer des corrections «à vue», tant notre cerveau est efficace en auto-correction.
 Le troisième outil indispensable est une bonne lumière. Si vous pouvez profiter d'un temps couvert mais lumineux, ce sera parfait.
 Un trépied peut s'avérer utile si votre apn n'a pas de correcteur de mouvement !
image 1 - résultat final











...Voici l'image que l'on voudrait obtenir ...



image 2 - capture de l'image







Mais lorsque j'ai fait ma photo, j'ai obtenu ceci ...







Pas de panique, voici comment procéder !



Traîtement de l'image


image 3 - prélevement du «blanc»




Chargez l'image dans GIMP et prélevez un échantillon de couleur dans la partie blanche de la charte (cercle rouge) avec l'outil pipette. Vous obtenez une sorte de gris clair. Ajoutez un nouveau calque rempli de cette couleur au-dessus de votre image de base.





image 4 - équilibrage des clairs







Passez ce calque en mode diviser. Votre équilibre des blancs est ok.







image 5 - prélèvement du noir







Prélevez un échantillon de couleur dans la partie noire de la charte (cercle rouge) avec l'outil pipette. Vous obtenez une sorte de gris foncé.  Ajoutez un nouveau calque rempli de cette couleur au-dessus des deux autres.






image 6 - équilibrage des sombres





Passez ce calque en mode superposer et réduisez son opacité à 50% (vérifiez tout de même le résultat).
Il vous reste à vous assurez de l'horizontalité de votre image, que vous allez finalement rogner à ses limites. Une petite amélioration de la netteté (pour composer le léger flou dû à la porosité du papier) et voilà !
image 7 - le résultat final
invitation lisière-edge 01 (2016)
tempera sur Arches 56x76cm

Votre image de travail est maintenant aussi bien que possible avec le minimum d'effort.
Il vous restera à transformer sa taille et son format d'enregistrement en fonction des besoins de votre imprimante ou de votre imprimeur !
On peut bien sûr affiner la balance des couleurs, corriger une dominante, etc. Mais quiconque ayant déjà tenté l'expérience sait que JAMAIS l'image de votre écran ne concorde à 100% avec celle de votre tirage. C'est donc en regardant un tirage à l'encre bien sèche que l'on peut espérer faire une correction en finesse.
Merci de votre attention.

Voici maintenant pour nos amis anglophones la traduction de Christina :

English traduction by Christina :

from painting to its digital photo reproduction

When finishing a painting and wanting to share it on the web, or to make premium prints on canvas or posters or cards, the question is how to achieve a faithful reproduction ?

Following is a method that I have developed and works really well.

Acquisition of the image

I use a digital camera 20 M. This is the minimum for making copies of A3, A2 or A1. For a painting of 56x76 cm, I reach a resolution of 158ppi, which is acceptable for a repro. We can go up to 300ppi so without visible pixelization. Therefore we are sure to reach an excellent quality for the smaller formats.

The second essential tool is a color chart. It's a little expensive to buy, but it is very rewarding in terms of quality and gain of time. It is indeed very difficult to perform corrections "on sight", as our brain is so effective in making self-correction.

The third essential tool is a good light. If you can take advantage of an overcast, but bright, weather, it will be perfect. A tripod will be useful if your APN has no corrective movement ! (stabilizer).

After having done your picture you will get this :
[image 2]

whereas one absolutely wants this :
[image 1]

Do not panic, here's how to do it.
[image 3]

comm: Load the image into GIMP and withdraw a color sample in the white part of the charter (red circle) with the eyedropper tool. You shall get a kind of light gray. Add a new layer filled with this color just above your base image.
[image 4]

comm: Pass this layer into split mode. Your white balance is ok.
[image 5]

comm: withdraw a color sample in the black part of the charter (red circle) with the eyedropper tool. You get a kind of dark gray. Add a new layer filled with this color over the two others.
[image 6]

comm: Pass this layer into overlay mode and reduce its opacity to 50% (check the result all the same).
[image 7]

You have now to ensure about the horizontality of your image that you'll eventually trim to its limits.

Your image is now as good as possible.

You'll just have to adjust its size and saving format according to the needs of your printer and/or your print worker !

One can, of course, refine the balance of colors, correct a dominant one, etc. but anyone that has tried this already, knows that the image on your screen is NEVER a 100% concordant with the one you just printed. Thus, it is only by looking at a drawing whose ink is really dry, that one can expect to achieve the finest correction.