mardi 11 avril 2017

Peinture - contour - dessin

Toujours à la recherche d'une peinture vivante. 

L'arbre (2015 - tempera 41 x 31 cm)
Pour cela, il faut commencer, nous l'avons vu, par accepter et développer une peinture très sensible aux conditions initiales de son contexte ; on peut alors considérer qu’elle est régie par les principes du chaos (cf #chaos). Mais cela semble insuffisant, surtout lorsque le dessin entre en jeu dans le processus créatif.
Je cite August Strindberg dans « Nuits de somnambule » :《[•••] refuser le dessin-contour qui mettrait la nature sous le contrôle de la raison et emprisonnerait ses incessantes métamorphoses.[•••]》
Va-t-il s'agir de produire des dessins dont les contours sont inexistants ?
《Quite a challenge !》 disent nos collègues d'outre-Manche.
 Il faut bien comprendre ce qui sous-tend cette attitude. Alors que le dessin avec lignes de contours permettait, après analyse, de définir la forme exacte, mais souvent figée d'un sujet, Strindberg propose de reporter des formes pouvant évoluer dans le temps et l'espace, mais aussi dans l'esprit du spectateur. Le modèle sera dès lors perçu au travers de l'évolution possible de ses attitudes. Fini les "Ne bougeons plus !".
Le fait que Strindberg soit peu à l'aise avec le dessin, surtout les personnages, a peut-être influencé son manifeste. Mais qu'importe !

(1930)          P.Bonnard -  L'Amandier             (1947)
Pierre Bonnard, lui, maniait le dessin et le graphisme avec aisance. De plus, il  fut très tôt enthousiasmé par l'art japonais, particulièrement celui des kakemonos. Les surfaces y sont très clairement définies par des aplats de couleurs, des motifs récurrents ou/et des lignes de contour très nettes, très graphiques. Il s'en inspira pendant des années. Il se forgea une "méthode" faite d'une réserve de milliers de petits dessins, son « réservoir de formes», prises d'instincts, sur le vif. Il gardait pour la couleur les réflexions les plus profondes de son art. Néanmoins, il travaillait ses tableaux surface par surface. Proche de la fin de sa vie, il confia à Jean Bazaine : «Je commence seulement à comprendre ; il faudrait tout recommencer !..».

On voudrait évidemment savoir ce que Bonnard avait  compris.

(1889)         P.Bonnard -  Autoportrait          (1945)
Du moins moi, j'aimerais savoir. Plutôt que de prêter des paroles hypothétiques à un disparu, je préfère me pencher sur les témoignages picturaux qu'il nous a laissé. Ensuite, libre à chacun d'essayer de comprendre ce qu'il peut. Pour ma part, je conserve l'angle de vue "Contours / Surfaces".
J'ai choisi pour cette observation deux sujets très récurrents : les autoportraits et les amandiers. L'un des amandiers (à droite) fut sa dernière œuvre ;

P. Bonnard - Nu au tub (1912)
 L'un des autoportraits, celui de droite, fut son dernier. (Excluons l'hypothèse que toute peinture est un autoportrait de celui qui l'a peint)

Ce qui est extraordinaire, c'est que très souvent ses crayonnés donnent l'impression que le contour est en fait multiple, donnant l'impression que le sujet était en pleine évolution.

 La cohérence totale est parfois un long cheminement, parsemé tout de même de bien belles pièces, merci, Monsieur Bonnard.


Et merci à vous, lecteur, pour votre attention.


Et voici la version traduite par Christina

Painting -contour - drawing

Always looking for a living painting. To do this, we have to begin, as we have seen, to accept and develop a painting very sensitive to the initial conditions of its context; We can then consider that it is governed by the principles of chaos (cf #chaos). But this seems insufficient, especially when drawing comes into play in the creative process. [IMAGE 1 L'arbre 2015 tempera 41 x 31 cm ]
I quote August Strindberg in "Nuits de somnambule": "[...] refuse drawing that would put nature under the control of reason and imprison its incessant metamorphoses.
Will it be a question of producing drawings whose contours are non-existent?
"Quite a challenge!" Say our colleagues from across the Channel.
 We must understand what underlies this attitude. While the drawing with contour lines made it possible, after analysis, to define the exact but often frozen form of a subject, Strindberg proposes to transfer forms that can evolve in time and space, but also in the spirit of the spectator. The model will therefore be perceived through the possible evolution of its attitudes. Finished the "Don't move!".
The fact that Strindberg is not at ease with the drawing, especially the characters, may have influenced his manifesto. But whatever !

Pierre Bonnard handled drawing and graphic design with ease. Moreover, he was very early enthusiastic about Japanese art, especially that of the kakemonos. The surfaces are very clearly defined by flat areas of color, recurring patterns and / or contour lines very clear, very graphic. He was inspired by it for years. He forged a "method" made up with a  reserve of thousands of small drawings, his "reservoir of forms", taken instinctively, on the spot. He kept the most profound reflections of his art for color. Nevertheless, he worked his paintings surface by surface. Near the end of his life, he confided to Jean Bazaine: "I am only beginning to understand; One should start all over again! "

One would of course want to know what Bonnard had understood.

At least I would like to know. Rather than lend hypothetical words to a missing person, I prefer to look at the pictorial testimonies that he left us. Then, everyone is left free to try to understand what can be. For my part, I keep the angle of view "Contours / Surfaces".
I have chosen for this observation two very recurrent subjects: self-portraits and almond trees. One of the almond-trees (on the right) was his last work;
[IMAGE 2 -- P.Bonnard  L'Amandier 1930 & 1947]
[IMAGE 3 -- P. Bonnard  Autoportrait 1889 & 1945 ]
One of the self-portraits, the right one, was his last. (Excluding the hypothesis that all painting are a self-portrait of the painter)
What is extraordinary is that very often  Bonnard' pencils gave the impression that the contours are in fact multiple, giving the impression that the subject was in full evolution.
[IMAGE 4 P. Bonnard Nu au tub  1912 ]
 The total coherence is sometimes a long search, scattered all the same by very good pieces, thank you, Mr. Bonnard.
And thank you, reader, for your attention